lundi 6 décembre 2021

Le Joueur d'Echecs : Rencontre imprévue

10 jours plus tard , presque deux semaines après le rendez-vous au cinéma.

Je n'ai plus écrit, plus répondu. Je me sens stupide, mais c'est plus fort que moi, mes pensées rationnelles se heurtent à un monumental "Je ne peux pas".

J'ai, je crois, admis cette impuissance, et je me suis résignée.

lundi 29 novembre 2021

le joueur d'échecs : Un premier rendez-vous manqué

En réalité, ce n'était pas vraiment le premier rendez-vous : si l'on excepte la soirée improvisée du dimanche soir (où je m'étais cru enterrée pour toujours), je l'avais invité à un spectacle, pendant le festival littéraire où j'intervenais, car j'avais reçu une invitation pour 2. 
Spectacle sympa mais dans une salle glaciale, et qui se termine devant un thé brulant, servi dans une chope à whisky dans l'un des deux bars où nous avons nos habitudes, pendant qu'on essaie de retrouver des sensations dans nos orteils.
On y discute pendant des heures, et cette fois, il se passe quelque chose, il y a de l'électricité dans l'air, une tension. Nos yeux s'aimantent, nos mains se frôlent.
Lorsque je repartirais, nous passons clairement à un cheveu d'un premier baiser.

... Et ça me convient tout à fait de faire encore durer cette attente.

On se retrouve une semaine plus tard dans la ville voisine, où j'ai passé la semaine, à la fois pour des raisons professionnelles, à la fois pour m'éviter des trajets quotidiens et m'obliger à ralentir, me reposer et me dépayser. Il m'y rejoint, et on se promène dans la vieille ville et dans des parcs où les feuilles d'automne crissent sous nos pas 
Nous filons ensuite au ciné, cette fameuse séance de ciné que nous devions "rattraper".

Et là, c'est clairement l'idée la plus pourrie du monde.

Nous allons voir Le dernier Duel, de Ridley Scott. Je n'avais aucune idée de l'intrigue, lui non plus, on s'est juste dit "Ridley Scott, c'est une valeur sûre", c'était un peu au petit bonheur la chance.

... Quelle foutue erreur !

Pour résumer, le film raconte, en 3 versions différentes, le viol d'une femme. La vérité selon son époux, la vérité selon son agresseur, et enfin la vérité selon la victime, soit la Vérité, car enfin c'est tout de même la personne qui a souffert qui sait ce qu'elle a vécu et ressenti.
Étonnante subtilité de la part de Ridley Scott (je n'en attendais pas tant), qui interroge brillamment l'opinion que les hommes ont d'eux mêmes, ce qu'ils pensent être, et ce qu'ils font (et donc sont) en réalité - un questionnement qui passera sans doute au dessus de la plupart des spectateurs, malheureusement. Le violeur reste persuadé jusqu'au bout qu'il n'a pas abusé de la jeune femme, et je suis convaincue de sa sincérité - histoire qui prend place au 14e siècle mais qui est diablement actuelle, puisque le consentement reste encore un truc très vague pour beaucoup de monde. Et c'est ça, qui me semble le plus dramatique.
Bref, le film est terrible, génial bien sûr, mais insoutenable. Je me sens très mal dans la salle. Des bouffés d'angoisse, de colère, de détresse, de la rage, et je me dis qu'on ne pouvait pas choisir pire film pour un rendez-vous. 
Une certitude : si le Joueur d'Echecs me frôle, ou se penche vers moi, je risque de lui péter un truc. Je m'aperçois que je ressens une flambée de haine pure : contre les hommes, ces hommes qui se croient bon mari, moderne et éclairé, bons amants, spirituels, irrésistibles. Contre l'insoutenable vulnérabilité des femmes - quels petits changements pour elles aujourd'hui, lorsqu'elles se font agresser, par rapport aux évènements de ce film ? Ça me semble dérisoire, l'avancée de la société en six siècles - SIX, bordel !!!! Encore combien de siècles avant une vraie égalité ?!

Pas de chance pour le Joueur d'Echecs, qui est là à côté de moi : je le hais lui aussi. Je le hais d'être là, à côté de moi alors que ce film fouaille mes traumatismes ; je voudrais être seule pour appréhender, digérer autant de scènes insoutenables. Et peut être un très léger transfert. Je le hais  D'avoir choisi ce film avec moi. D'être un homme. D'exister.
Pour sa défense, le film est insoutenable pour lui aussi, et il s'exclame parfois au milieu du film, et je le crois prêt à quitter la salle à plusieurs instants.
Et pourtant...
Je ne parviens pas à m'extraire de ma colère et de ma haine, qui, paradoxalement, me blesse encore plus.
Je le ramène en voiture - 1h de trajet qui me sont tout aussi insoutenables, à tenter de tenir une conversation sans être cassante, ou me lancer dans une diatribe féministe, ou juste me mettre à pleurer. 
Une autre certitude : je ne peux pas.
Je ne peux pas passer outre 
Je ne peux pas faire confiance.
Je ne peux pas essayer.
Je ne peux pas lui donner sa chance.
Je ne peux pas être avec quelqu'un.
Même si, je le sais, il serait un candidat parfait, et qu'il me plaît énormément.
Je le dépose chez lui en résistant à l'envie de le pousser dehors en marche. 
Je ne lui écrirai plus.
C'est plus fort que moi : je ne peux pas.

lundi 22 novembre 2021

Fragment(ée)s (6)

Ce fichu NEZ !

Pour une raison que je peine à comprendre, (depuis Le Joueur d'Echecs ?!), mon odorat s'est surdéveloppé. 
Je pensais qu'il s'agissait de PMS, sauf que cela perdure depuis des semaines, voir s'amplifie. J'associais cela à un mode de vie sain - sauf que je mange mal, dors peu, et ne prend absolument pas soin de moi ni de ma santé. 
Et pourtant, je sens tout - TOUT.

Incroyable, ce qu'on peut apprendre en faisant attention aux odeurs des gens, des plus discrètes aux plus agressives.
Au boulot, je croise une collègue qui revient de burn out. Je ne l'aime pas beaucoup, et on ne fait que se croiser quelques secondes dans le couloir, sans s'arrêter. Immédiatement, son parfum m'agresse. Elle en met plus que d'habitude (mais mes autres collègues m'affirment ne rien sentir). Et le mélange avec l'odeur de sa peau est différent - plus prégnant. J'en déduis qu'elle transpire plus - et certainement pas en raison des températures, devenues hivernales. Donc elle stress. Elle n'est pas à l'aise depuis son retour, et elle a tout à prouver. Donc plus de parfum, plus de stress.
Effrayant ce qu'on peut percevoir dans l'odeur des gens.
Mais épuisant aussi. J'ai passé quelques jours à Paris, et la promiscuité des transports en commun me filaient des migraines : odeurs de savon, de lessive, de transpiration, de maquillage, saleté,... Trop d'informations.

Qu'est ce qu'on peut faire, quand on est trop sensible aux odeurs ?

Les tables rondes

Le weekend du festival littéraire arrive. J'ai engloutie ad nauseam une vingtaine de romans en moins d'un mois, et ce n'est pas suffisant. Je n'ai pas tout reçu. Je ne suis pas au point. Je n'ai pas eu un seul jour de repos en un mois, et je dors 4h ou 5h par nuit. Je me couche vers 2h du matin, après avoir préparé mes rencontres littéraires, ou revu ma pièce pour le projet théatre, ou autres actions au boulot. 
Je suis tellement débordée que je n'ai même pas le temps de refaire un burn out.
Ma cheffe, qui commence à revoir sa copie depuis mon craquage de juillet, me somme de prendre des congés - agacée, je lui propose qu'on regarde ensemble quand ce serait possible. Elle convient qu'il n'y a pas de possibilités.

Pour autant, je suis ultra focus le jour J. J'arrive en avance, il fait un froid de gueux et je dois gratter la glace sur ma voiture.

La première rencontre est forcément la plus stressante : la toute première fois.
Et ça se passe le plus mal possible. Un vrai baptême du feu : une autrice pète complètement les plombs et rugit contre le patriarcat et les hommes en général, alterne entre refus de prendre part au débat et diatribes enflammées sur lesquelles je suis censée faire rebondir la rencontre, et je m'attends à tout moment à ce qu'elle quitte la salle et/ou jette son fauteuil à travers la pièce et/ou nous gifle à tour de rôle. 
Son langage corporel transpire l'anxiété, elle est recroquevillé, elle jette des regards furibards, et je prend malgré moi ses ondes de détresse, de haine, et son désespoir. Je ressens et je comprends que quelque chose de terrible se passe en elle, et je me dis qu'elle devrait juste repartir chez elle, ou même passer la matinée ou la journée dans sa chambre d'hôtel, ou un endroit où elle se sentirait safe.
Je passe la rencontre en apnée, avec certainement un air de panique voire de terreur plaqué sur le visage, et je me console en me disant que les 5 prochaines rencontres ne POURRONS PAS être pires.
J'en ressors lessivée. Les (autres) auteurs présents me féliciteront de cette première fois honorable, et me diront "elle n'avait pas l'air d'aller très bien, l'Autrice. .."
Sans blague !
Une fois seule, le contrecoup me fera flancher, et, les larmes aux yeux, je chercherai, sans jamais réussir à foutre la main dessus, une buvette où je pourrais m'envoyer un café très fort, à défaut d'un verre d'alcool (très fort itou) 
J'apprendrai plus tard par la Directrice du festival, qu'elle a été agressé par un groupe d'hommes, et qu'elle se débat aujourd'hui contre son syndrome post-traumatique et une haine généralisé de la gent masculine. 
J'y comprendrais bien mieux ce que j'ai perçu en étant assise à côté d'elle, et cette reconnaissance instinctives de sentiments violents qui m'ont ou m'habitent encore. 
Bouleversée par cette expérience, qui, associée à ma fatigue, mes propres sentiments, mes tourments, je m'ouvrirai à la directrice du festival, devenue une amie, et lui racontais ce qu'il s'est passé il y a un an. Ce que j'ai vécu par la suite, et surtout l'explosion un an après, sorte de décompression tardive. Elle acquiesce, me rassure, est une oreille attentive et bienveillante, et ça me fera un bien fou d'échanger avec elle, féministe convaincue, et personnalité très entière.

Comme prévu, et heureusement, les rencontres suivantes seront bien moins épiques, même si je rencontrerai mon lot de déconvenues, et que je réaliserai que j'ai très mal préparé ces rencontres : une préparation scolaire et statique est inutilisable lorsqu'on doit gérer plusieurs auteurs en même temps, à moins de rendre l'exercice plat et sans saveur...
Mais une fois catapulté dans ma journée, impossible de rectifier le tir, à part en improvisant... Peut on improviser 6h de rencontres ?
Presque ...
Je finirai ce weekend dans un état de fatigue extrême, pas vraiment contente de moi, avec plutôt des pistes de travail que des lauriers sur lesquels me reposer. Quelques belles rencontres tout de même, et notamment celle d'un autre modérateur qui me donnera d'excellents conseils, et avec qui je passerai une très bonne soirée de clôture. Il me citera dans un très joli message diffusé sur les réseaux sociaux.

Autre bonne surprise, ma mère et mon frangin viendront me voir, m'encourager et m'applaudir. Ma mère viendra immédiatement me dire "Alors toi, tu m'épates... Quand je pense qu'il y a quelques années, tu étais incapable de parler aux gens - et je ne parle même pas de parler en public..."
Elle m'enverra ensuite un message adorable à la fin du weekend - qui, bien sûr, me fera pleurer d'émotion.
Mon frangin, drapé dans sa pudeur boudeuse d'adolescent, ne me dira rien directement. Par contre il se servira allègrement dans les ouvrages que j'ai présenté, et engueulera copieusement ma mère, lorsqu'elle dira "J'ai failli m'endormir pendant la rencontre, faire la route m'a épuisé". 
- "QUOI ?! Tu peux pas dire ça c'était hyper intéressant !!"
- Mais je ne dis pas le contraire, je suis fatiguée de la route c'est tout !

À peine rentrée, dimanche, 22h30, après rangement, debriefings, au revoir au staf, aux auteurs, à tout le monde, je dois préparer mes affaires pour repartir, dès 6h du matin, pour une semaine de formation dans le département voisin. A minuit, je bourre au pifomètre des fringues dans un sac, et vais m'effondrer dans mon lit pour essayer d'avoir au moins 5h de sommeil.

Petit break

J'ai pris une chambre Airbnb pour ne pas avoir à faire les aller-retour quotidiens. Ce n'est pas pris en charge par l'organisme de formation, mais tant pis : je suis incapable de taper 3h de trajet par jour après le weekend que j'ai eu - et les 4 semaines qui ont précédées.
De plus, ça m'obligera à ne me préoccuper que de moi, sans me contraindre à nettoyer, faire des lessives, ou n'importe quelle intendance de la maison. Je n'ai qu'à me demander ce que je veux faire de mes soirées, et si j'ai envie de me vautrer dans le canapé très Art Nouveau en pyjama dès 17h30, je le peux. 

La chambre est simple, meublé de gros meubles anciens très kitsch, et une Aphrodite en marbre m'observe depuis une commode massive. Je lui demande comment elle va, lorsque je rentre "Alors Aphro, c'était comment ta journée ?". La chambre n'est pas très lumineuse, mais j'aime ce "home sweet home" temporaire, que je peux investir de ma présence. Ca m'amuse presque autant qu'un enfant qui se fait une cabane où il se sent chez lui et en sécurité.

Je ne coupe pas complètement avec le boulot puisque je dois encore travailler sur une grosse Journée d'études qui arrivera deux semaines plus tard et où je fais venir quelques gros guest-stars, puis une autre rencontre littéraire un mois plus tard. Toutefois, j'ai le sentiment que chaque nouvelle échéance dépassée est une étape en moins - comme les kilomètres effectués lors de la course, un après l'autre, et ça me soulage beaucoup.

J'en profite pour faire une soirée apéro avec David, Sebastien, Q., Stephane.
Puis le lendemain une soirée avec Mister Perfect.
J'irai boire un coup avec une personne de ma formation avec qui je sympathiserai.

Et puis le dernier jour, le Joueur d'Echecs devaient me rejoindre, pour une petite visite de la ville (que je connais bien car j'y ai habité), et notre fameuse sortie cinéma...


mercredi 17 novembre 2021

Le Joueur d'Echecs


Confusion

Il n'avait pas répondu à mon premier texto.
Fair enough, m'étais-je dit.

En guise de rattrapage - et dernière chance, je lui ai donné rendez-vous un soir, au cinéma.
 

lundi 8 novembre 2021

La pièce de théâtre

J'ai participé à un atelier de théâtre. Deux weekend pour écrire une pièce sur nous et nos expériences de vie, une répétition générale, et la représentation le mardi. 
Cet atelier était animé par les créateurs de la pièce de théâtre qui m'avait enchanté - l'une des deux était la mégère, et autant dire qu'elle avait la langue bien pendue.
A peine quelques heures, pour monter une représentation de plus d'1h.
Je m'étais inscrite après Isaac, y voyant un défi, et peut-être un renouveau.
Entre temps il y a eu une 2e, puis un 3e confinement.
Et 1 an plus tard, j'y allais parce que la pièce m'avait plu.

Et parce que j'avais l'intuition de venir chercher quelque chose de très important et très profond.

vendredi 29 octobre 2021

Fragment(ée)s (5)


Retrouver le goût de vivre

 C'est une petite fille qui me fait renaitre à la vie : Lara m'invite à l'accompagner à une séance de bébés nageurs avec sa fille, qui a désormais 9 mois. Je suis rentrée (trop) tard la veille (et bourrée) (et j'ai voulu me raser les jambes et c'était une idée de merde), mais je me lève le dimanche matin à 7h pour vivre l'expérience.

Les mamans sont superbes, les papas sont beaux, parfois il y a les grand-parents. Les enfants barbottent dans un grand bassin plein de jouets, il y a des bébés qui ne tiennent pas assis mais qui rient dans les bras de leurs parents, d'autres qui se laissent voguer, heureux, dans des bassines qui flottent, ou qui jouent sur des tapis en mousse qui font office d'îles colorées. La petite de Lara est aux anges, et nous offre ses sourires où pointent deux petites quenottes toutes neuves. 

Je réalise que ça fait une petite éternité que je ne me suis pas sentie heureuse d'être en vie, reconnaissante des petits bonheurs ordinaires.
Cette expérience me fait retrouver ce sentiment de reconnaissante : être en vie, et vivre le moment.

Expérience théâtrale.

J'ai acheté une dizaine de spectacles de la nouvelle saison. Ce soir, c'était mon premier spectacle. J'embarque une copine de mon groupe de méditation, et nous voilà à nous rendre à cette représentation dont on ne sait rien, qui se passe, étonnamment, dans un hôtel de luxe.
Nous sommes tous installés dans un hall, où une mégère nous houspille et nous insulte, et nous fait mettre en ligne pour que des acteurs, habillés comme des grooms, nous emmènent chacun notre tour dans une chambre.  
Pour quoi faire ?!
On n'en sait rien et on tremble, d'autant plus que la mégère vocifère à qui mieux mieux.
- Toi, là, la bonne élève ! Tu te mets là ! Et avec ton ruban dans les cheveux, tu es ridicule ! Et adorable. Ridiculement adorable !
- Mais... J'ai jamais été une bonne élève....
- On s'en fout !
Un groom armé d'un fouet m'embarque. 
Je n'en mène pas large.
Dans la chambre, de grands voilages sont tendus au dessus du lit, il y a des fleurs accrochées après, et des petites guirlandes lumineuses.
"Allonges toi"
Je panique un peu, je lutte contre la tétanie, et je m'allonge gauchement.
Le type s'étend à mes côtés - la cinquantaine, une voix de stentor, des battoires à la place des mains, un air de dresseur de fauve. 
Et se met à me déclamer une poésie. 
Allongée, je regarde les fleurs et les lumières, pendant que le type termine par "Je t'aime, je t'aime".
J'ai les larmes aux yeux, et je sais que mes joues sont rouges. Etrange sentiment, mélange de conscience que tout cela est un spectacle, beauté des mots, superbe poésie, sublime déclamation, excellent acteur, et des mots qui font tellement de bien. Le type ne m'effleure pas (ma copine me dira que, avec elle, il a joué avec ses mains, j'en ai déduit que je ne dégageais pas quelque chose d'assez tranquille pour qu'il se sente libre de le faire. - et heureusement qu'il s'est abstenu).
Qu'importe : c'était superbe.

Je ressors de la chambre enchantée, et remercie chaleureusement le dresseur de fauve.
Au fur et à mesure que les gens ressortent, le même enchantement se lit sur leurs visages. Nous continuons de nous faire houspiller par la mégère, mais cette fois, nous sommes prêt pour un 2nd tour.

Je suis emmené par un très, très beau gars (assurément gay). Il m'emmène au premier, dans une chambre emplie de ballons. 
"Ce sera la chambre Gainsbourg". 
Il me fait allonger sur le canapé, et plonge ses yeux dans les miens, en déclamant "Puisque je te le dis".
Au milieu, il éteint la lumière, et m'embarque. Debout, il pose ma main sur son cœur, qui bat la chamade, puis m'allonge sur le lit, et termine sa chanson-conté. A quelques centimètres de mon visage, il murmure "je t'aime".

On ressors, il me raconte la genèse de ce morceau, je le remercie avec effusion.

Cette pièce, qui n'en est pas une, sorte de happening poétique et théâtral, est juste une expérience incroyable.

On prend un petit verre avec ma copine, et je salue les membres de l'organisation que je connais.
Quelques acteurs nous rejoignent, et discutent. 
Ils nous racontent des anecdotes : une femme qui a eu un fou rire nerveux, et qui ne parvenait pas à s'arrêter. Un mec qui a interrompu celui qui m'a déclamé du Gainsbourg pour lui dire "Oui, bon, c'est sympa ton truc, mais on a 5 minutes, ça te dirait pas qu'on baise ?". Une femme qui s'est mise à pleurer, incapable de gérer l'émotion, et qui a souhaité arrêter. 
Ils nous expliquent à quel point c'est également très intimidant pour eux, même si l'expérience est formidable, qu'ils adorent et qu'ils s'éclatent aussi. "Mais c'est beaucoup, beaucoup plus difficile que d'être simplement sur scène !".
Et mon deuxième acteur, de se tourner vers moi :
- D'ailleurs je suis désolé, je suis très mécontent de ma prestation avec toi !
- Ah bon ?! Pourquoi ?
Tu m'as impressionnée. J'ai pas réussi à être naturel
-  Ah bon ?! Mais...
- Je voulais absolument tout donner, ne pas te décevoir, parce que quand je t'ai vu, je me suis dit que tu avais l'air super sympa, et gentille, et je voulais que ça soit parfait, et du coup je me suis mis la pression, et... je ne suis pas du tout content. J'ai complètement perdu mes moyens. J'étais trop impressionné
Embarrassée, je laisse échapper un rire incrédule :
- Ah ben c'est bien la première fois que j'impressionne quelqu'un, tiens, ça me fait plaisir !
Pendant ce temps, ma pote me secoue le bras (après m'avoir broyé les cotes) en hurlant à l'acteur "Mais t'as tout à fait raison, c'est tout ce qu'elle est, super sympa et vraiment gentille ! Elle est trop chouette !".
(Je lui chuchote : "Du calme bichette, il vient de nous ire que ça fait 16 ans qu'il est avec son mec, mon gaydard est infaillible")

Je suis extrêmement flattée, bien qu'embarrassée, d'avoir réussi à autant impressionner un homme, qui plus est acteur professionnel, qui plus est on ne peux plus homo, au point qu'il en perd ses moyens, alors que dans l'ensemble je lui ai juste dit "Bonjour" et "D'accord".
Et qu'il voulait absolument tout donner avec moi. 
La question se pose encore et encore : mais en fait, je suis qui, et qu'est ce que les gens voient ?

En tout cas nous ressortons enchantées par l'expérience (et un peu pompettes), ce mélange de théâtre d'impro et burlesque avec la mégère, et ce shoot de déclarations d'amour

Je me suis inscrite à un atelier, animé par les deux créateurs de ce spectacle, où l'on doit monter, en groupe, un spectacle en quelques séances - puis le jouer. Ce sont deux "vieux de la vieille" du théâtre, des créateurs réputés et reconnus, bardé de récompenses. Plus que jamais, j'ai hâte de vivre cette nouvelle expérience.

Les projets

Je deviens modératrice, pour des rencontres dans un festival littéraire que j'idolâtre : un rêve qui devient réalité.
... Et un défi gigantesque, une pression monstrueuse.

Je le sais depuis déjà quelques temps (et je devais en parler dans un article, mais il fait partie de cette dizaine que je n'ai jamais réussi à finir), mais désormais j'ai mon programme. Ma charge de travail (bénévole, bien sûr) : 5 6 rencontres, avec à chaque fois au moins 4 livres à lire pour la préparer. Soit plus de 20 livres à lire en 1 mois. 
En plus de mon travail.
De mes locations.
Du projet théâtral.
De tout le reste.
Est-ce que c'était judicieux de faire ça maintenant ? Mille fois oui. Je retrouve gout dans le travail, je sais pourquoi je me lève le matin. 
... Pour l'instant du moins. 
Et pourtant, je réalise peu : le choc, en voyant mon nom et ma photo apparaitre sur le site. 
La surprise, devant le magazine de la ville qui me consacre une double page. 
La gêne, lorsqu'il faut répondre à une interview radiophonique. 
La trouille de me planter, de décevoir, de ne pas être à la hauteur... Et pourtant, pour cette mission spécifiquement, je sais que j'en suis capable. Et même, peut-être, que je serai bonne à ça.
Je reste interdite à nouveau en voyant le programme sur internet : "Avec Mademoiselle B.". "Oh putain, c'est moi !"
Lorsque je reçois le programme papier, ou mon nom apparait en rose, les larmes à nouveau.
Tellement, tellement d'émotions.
Ma boite aux lettres déborde d'ouvrages envoyés par les éditeurs, accompagné de petits mots courtois, ou adorables.
 
Je pourrais penser que je suis passé dans une autre dimension - et pourtant, je reste bien ancrée dans mon présent, et je suis juste infiniment reconnaissante, et heureuse que tout mon travail ai pu me conduire à cela. Cette place, je le sais, je ne l'ai pas volé.

Insomnie

Je me tourne et me retourne. Je suis épuisée, et pourtant, impossible de dormir.
Je pense à ma fatigue.
Je pense au fait que j'ai pris dix kilos, et que désormais je fais mon âge - voir plus. On m'a donné quarante ans, il n'y a pas si longtemps. 
Un an en arrière, on m'en donnait 25.
Je pense aux gens qui ont morflé, comme moi et que j'observe quotidiennement. Combien d'entre nous se sont fanés, ces derniers mois ?
Je pense aux raisons pour lesquelles je suis cassée, flétrie.
Non, pas aux raisons : aux personnes.
Je me remémore ces hommes que j'ai voulu tuer. Dans un monde parallèle, peut-être suis-je une meurtrière. Pour avoir bossé quelques mois en prison, j'ai observé que bien souvent, ce sont des accidents de parcours qui mènent les gens derrière les barreaux, et que rien n'est aussi simple que "il y a des méchants et des gentils".
Je réalise que je les aurais tous tués différemment.
Charles-Henri, je l'aurais poignardé dans le cœur - une fin aussi brutale et violente que la façon dont il m'a quitté.
Miguel, j'aurais flanqué sa voiture dans un camion - une disparition aussi spectaculaire que rapide, à l'image de notre passion éphémère séparée par l'océan Atlantique.
Isaac, je l'aurai étranglé lentement et fermement - à l'image de ces longs mois à étouffer et me déliter.
Suis-je une psychopathe qui s'ignore ? 
Probablement que non : ils sont toujours en vie, après tout. Certes, je n'en ai revu aucun après la rupture... Qui sait, finalement ?!

Deuxième massage thaï

Après la course, j'estime que j'ai mérité un nouveau massage, au même endroit que la dernière fois.
J'apprécie plus.
J'ai moins mal 
Je réalise que sous les doigts de cette adorable thaïlandaise, j'oublie la laideur de mon corps. Elle masse mes cicatrices, je ne me suis pas épilé, j'ai recommencé à me gratter l'intérieur des cuisses et j'ai des plaques violettes là où j'ai gratté trop furieusement... Mais j'oublie. Elle s'en fiche - du moins c'est ainsi que je le ressens, sans pouvoir expliquer pourquoi. Je profite juste de cette heure et demi, pour me reconnecter, me détendre, et oublier que je suis grosse et que je dégouline de partout.

La peur

Chaque jour, je pense au Joueur d'Echecs.
Je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il joue aux échecs, et que moi je les collectionne.
Pas la même chose.
Le matin je regarde le ciel, et je me dis que je vais lui écrire. Que c'est idiot, d'être paralysé par la peur. Que c'est rageant, que mon passé définisse mon présent.
Et puis le soir, éreintée par ma journée, blessée par mes rapports avec les autres, à vif, je me renferme, je me dis que non, les hommes c'est être blessée, trahie, humiliée, et que tout est mille fois plus compliqué et douloureux avec quelqu'un dans sa vie. Je fais taire la petite voix qui parle des points positifs, car pour moi, ça n'en vaut pas le voyage.
Ce matin là, j'ai eu ces pensées là en regardant le ciel, étonnamment bleu.
La journée fut pareillement épuisante, les deadlines se rapprochent, je suis débordée, les collègues tombent comme des mouches.

Je rentre heureuse d'avoir une mini soirée pour moi, quelques heures avant l'arrivée de nouveaux locataires. (J'en suis à pleurer de reconnaissance si j'ai 2h de liberté dans une journée)
Au volant de ma voiture - LA, EXACTEMENT ICI : tout se décide à ce moment.
Ca me frappe : ça s'arrêtera ici. 
Cette crainte irraisonnée, alors que le type me plaît.
Ce présent tremblant et hanté des évènements d'il y a un an, ce deuil de .. de quoi d'ailleurs ? De celle que j'étais alors ? De ma candeur ? De mon corps de jeune fille ? Ce deuil qui n'en fini pas, au point que je n'envisage même pas un simple contact, une amitié possible. 
Ça s'arrête là. 
Je m'arrête, j'écris un texto. 
Long, le texto. 
Et avant d'être engloutie par l'angoisse, je l'envoie.

Voilà, c'est fait 

... 3 semaines trop tard, sans doute. 
A sa place, je hausserai un sourcil et supprimerai le texto. Même dans mon propre espace temps, qui est en dehors du rythme trépidant du monde, j'ai beaucoup trop tardé.
À sa place, je ne répondrai pas.