lundi 18 juin 2018

Miguel : Et ensuite...

Ça aurait pu être une nuit sans lendemain.
J'ai cru que ce serait ça. Les "On se rappelle ?", j'ai passé l'âge d'y croire.

Et pourtant il m'a écrit.

Pour me dire que je lui ai jeté un sort, avec mon "orquidea" dans mes cheveux. 
Que cette nuit à NOLA était en effet magique. 
Qu'il déteste Miami - il préfère les histoires de fantômes de La Nouvelle Orleans, et les orchidées - qu'il aime encore plus ces fleurs maintenant. 
Il m’appelle « My little orchid ».

On a continué à s'écrire. Au début, je me disais qu'on se reverrait forcément. Je rêvais nos retrouvailles, je les vivais comme si j'y étais. Ça me semblait réel. C'était évident qu'on se reverrait.
Et puis je me suis laissé engloutir par "la vraie vie". À me dire que c'était fou - trop fou. Est-ce que je peux vraiment me jeter là dedans ? Est-ce que j'ai les épaules assez solides pour ça ? Et surtout, est-ce que ce n'est pas stupide, de tout miser sur une histoire qui a duré seulement quelques heures ?
Et puis comment je pourrais savoir ce que je ressens - ce que nous ressentons tous les deux, sur la base d'une seule nuit ?!

Pendant ce temps, nous continuions d'échanger quotidiennement des messages, des photos, des mots doux.
Il a commencé à apprendre le français.
J'ai commencé à apprendre le Portugais.

Je lui ai fait une proposition un peu folle : et si on se retrouvait pour un second rendez-vous, quelque part dans le monde ? On choisit une destination, entre la France et le Brésil - ou bien tout à fait ailleurs - et on se revoit.

L'idée lui plaisait - mais il n'avait déjà plus beaucoup de jours de congés, et ça semblait difficile.
Fallait-il qu'on attende l'année prochaine pour se revoir ? Pour déterminer ce qu'il y avait et ce qu'il pouvait y avoir entre nous ? 

Alors j'ai décidé d'y aller. Était-il prêt à me recevoir au Brésil ?
Oui, il l'était.
Alors j'ai pris mon billet.

À l'heure où vous lirez ces lignes, que j'écris à l'aéroport, je serai au Brésil depuis quelques jours déjà.

Je suis la première à penser que c'est complètement fou : partir retrouver un homme que je ne connais pas, prendre le risque que ça se passe mal, voir très mal... Agir comme une adolescente amoureuse à qui on aurait laissé une carte bancaire.
Cela dit, ça peut aussi très bien se passer. Certes, les pourcentages sont faibles. Mais lorsque j'ai dû prendre ma décision, choisir entre l'oublier sans essayer, ou partir à l'aventure pour en avoir le coeur net - et peut-être vivre à nouveau quelque chose de fantastique - je n'ai pas eu à réfléchir longtemps. C'était inimaginable pour moi de ne pas y aller, de ne pas le revoir.

Tout est possible ; ça peut se passer bien, ou mal. Ça peut être le début de quelque chose, ou bien sa fin. Ça peut être catastrophique.
Je ne suis pas dénuée d'anxiété, loin de là. Jusqu'à la dernière minute, je craignais qu'il ne me fasse une Charles-Henri : qu'il m'écrive pour me dire "Finalement ne vient plus s'il te plaît". Ou pire, qu'il arrête d'écrire et disparaisse. J'aurai dû alors choisir entre y aller seule, ou annuler le voyage.
Mais ça n'est pas arrivé. Au contraire, dans ses derniers messages, il me dit être très excité et avoir hâte de me voir.
Alors évidemment, là encore, je me dis "N'y croit pas, c'est quand tu accordés ta confiance que les hommes te trahissent". 

Une autre partie de moi à envie de se jeter dans cette histoire. Finalement, c'est cette partie de moi qui a gain de cause ; après tout, après ce que j'ai dernièrement enduré à cause des hommes, j'arrive tout de même à faire assez confiance à un inconnu pour partir sur un autre continent. Si ce n'est pas un putain de saut de la foi, je ne sais pas ce que c'est !

Alors je préfère rester ouverte, me dire qu'il n'y a jamais de règles, jamais rien qu'on peut anticiper. Être ouverte et aller candidement à la rencontre de Miguel.
Et on verra bien.

Oui, je suis folle.

Mais ça me rend très heureuse.

Même si cette histoire finira forcément avec des larmes - reste à savoir quelles seront ces larmes.

jeudi 14 juin 2018

Voyage à La Nouvelle Orléans (8/8) : Derniers jours et retour en France

Samedi, il pleuvait à torrent, et nous avons fait un dernier tour en ville. 
Le dernier, car notre avion décollait dimanche matin. 
Dans le tram, où nous sommes arrivés trempé, un vieux Monsieur a dit à mon binôme « Vous pourriez donner un parapluie à la charmante jeune fille, ne la laissez pas être trempée comme ça ! »
Mon binôme a répondu : « Pffff, elle n'est pas charmante du tout »
Le vieux Monsieur a été très choqué. Il lui a demandé comment il pouvait dire une chose pareille, et a été encore plus indigné de voir que mon binôme riait grassement.
Moi, comme souvent, j'avais honte de lui, et je répétais « Non mais ce n'est pas grave, ça va très bien »
Sauf que le vieux Monsieur s'étouffait d'indignation. A tel point qu'il m'a donné son parapluie, me disant : « Tenez. Restez au sec. Et promettez moi que vous ne le laisserez pas s'abriter dessous. Vous ne devriez pas rester avec un homme comme ça ».
Et, méprisant, il lance à mon binôme : « Un parapluie ne coûte que cinq dollars, pour l'amour de Dieu ! »
J'ai tenu ma promesse : je me suis abrité sous le parapluie, laissant mon binôme sous la pluie.
"Have you seen the horizon lately ?"
Mon objectif du jour était de trouver une carte postale représentant une statue vu avec Miguel, qui m'avait poussé a lui demander candidement « Do you believe in God ?". 
Evidemment, je n’avais aucune idée du nom de cette statue, ni de l’endroit où je l’avais vue.
Et je suis donc repartie bredouille.
Grâce à la magie d'internet, j'ai pu retrouver cette statue.
J'ai quitté avec regret cette ville qui m'avait tant offert - une nuit sublime, un Dieu vivant, et le sentiment de vivre, vivre, vivre si fort. 
Même si je sentais que la fin du voyage arrivait, et que je voyais toutes les personnes que j’avais rencontrées à l’auberge partir une à une.

Comme il me restait quelques dollars, je me suis offert une demi-heure de massage des pieds dans l’un des multiples salons Thaï qui alpaguait le chaland un peu partout en ville.
C’était divin.
Même si ces petits malins commençaient à masser, et au bout de 5 min (quand tu commences à être vraiment bien et à ne plus réfléchir), te disent « On fait 1h, finalement ? ».
(Fallait bien qu’il y ait une tentative d’entourloupe)
Le dimanche, le départ fut déchirant pour moi : Sentiment de m'éloigner encore de Miguel, refus violent de retourner à "la vraie vie", peur de mettre un océan entre lui, moi… et tous mes bons souvenirs. Pas envie de quitter un endroit où je me sentais si à l'aise et épanouie - pourrais-je toujours être cette personne sociable, souriante et épanouie à mon retour ? Je peux vraiment revenir à ma vie ? Est-ce que ces expériences m'ont révélées à moi-même ? Ou était-ce juste l’effet vacances ?

Car oui, depuis la veille, nous nous écrivons sans cesse, me donnant l’impression que le rêve se poursuit.
Sauf que ce n’est pas un rêve.

Arrivés à l’aéroport, après un trajet en taxi où mon binôme soutenait à un chauffeur dubitatif que Trump est admirable parce qu’il s’est tapé une actrice de porno (*sic*), nous apprenons que notre avion est annulé. « Il y aurait des grèves en France, ça vous dit quelque chose ? »
Gros soupir. Ouais, ouais, ça sonne comme quelque chose de familier.
Du coup notre trajet est assuré jusqu’à Atlanta, et ensuite il nous faut attendre.
Si on a de la chance, quelqu’un loupera son avion et on pourra partir dimanche soir.
Sinon, ce sera le lendemain après-midi.
Il est onze heure du matin, et on sent que l’attente va être interminable.

Étonnamment, mon binôme est soudainement devenu incroyablement bavard. 
Je ne le comprends vraiment pas.
D’un autre côté, ces centres d’intérêts étant très limités (il ne lit pas, ne joue pas, n’a pas de console ou tablette, etc), il n’a absolument rien à faire pour occuper cette longue attente 

Rester coincée un peu plus longtemps que prévu aux USA me convient – je suis d’ailleurs à deux doigts de dire « Allez tous vous faire foutre, je prends un avion pour Miami et je rejoins Miguel ».
Je ne le fais pas.
Mais si j’avais été seule…

Et puis finalement, vers minuit, la chance nous sourit, et on peut embarquer avec un autre avion.
Le retour est cauchemardesque par bien des aspects :
Nous quittons donc les USA, nous nous éloignons de Miguel
- Toute la nuit, l’avion est secoué de toutes parts par des perturbations.
Je passe donc quasiment la nuit à pleurer, de tristesse et de trouille.
J’ai mes règles depuis quelques heures. Bonne nouvelle : je ne suis pas enceinte de Miguel. Mauvaise nouvelle : … J’ai mes règles à plusieurs milliers de pieds de la civilisation. Je bidouille une protection dans les toilettes de l’avion, je mets ma cup sans la stériliser, et je me nettoie tant bien que mal… Bref, une succession de mauvaises idées, puisque deux jours plus tard, je devrais foncer chez un médecin à cause d’une monstrueuse mycose, qui mettra quasi trois semaines à guérir, avant de se transformer en cystite. A.k.a le combo gagnant.

Lorsque nous atterrissons à Paris, le lendemain, je n’ai pas dormi depuis des heures (une vingtaine ? Plus ?), je prends de plein fouet le décalage horaire, je me sens sale, je suis de mauvaise humeur, j’ai mal au ventre, je commence à avoir des démangeaisons intimes, et je suis triste.
Mais notre périple n’est pas fini !
Parce qu’il y a *aussi* les grèves de train, plus le fait que, notre avion n’ayant pas décollé, nous avons loupé le train que nous devions initialement prendre.
Le comptoir sncf nous renvoie vers le comptoir Air France.
Le comptoir Air France nous renvoie vers le comptoir sncf : « on ne comprend pas pourquoi ils vous ont dit de venir vers nous ».
Je leur jette mon regard le plus fatigué et le plus menaçant : « Ecoutez… On est parti de la Nouvelle Orléans hier à 9h du matin. On a passé des heures à attendre dans l’aéroport d’Atlanta. Je n’ai pas dormi une seule minute. Aujourd’hui on est lundi, 14h en France, mais entre-temps il y a 7h de décalage horaire, alors je vous laisse faire le calcul. Je suis épuisée, j’en ai marre, et je me fiche de savoir qui a raison. Je veux juste rentrer chez moi et prendre une douche ».
La fille hésite : « Hum… Peut-être qu’on va aller nous-même voir pourquoi le comptoir sncf vous a renvoyé vers nous… »
« Très bonne idée, merci ».
On a fini par avoir un train 2h plus tard, et « Allez, on ne vous fait pas payer les 15€ pour le changement de billet ! »
Ahahah. Je ne comptais pas les payer, rassurez-vous.

Au final, ma mère est venue nous chercher à la gare. Mon binôme s’est mis à tchatcher boulot avec elle, et j’ai cru que ça ne finirait jamais. J’avais juste envie qu’il s’en aille, ça faisait beaucoup trop longtemps qu’on était ensemble.
D’ailleurs pour la petite histoire, il a raconté à ses collègues (devant ma mère) que j’étais la nouvelle Arlette Laguiller, que j’étais écolo, que c’était n’importe quoi parce que tout le monde sait que l'écologie ne sert à rien, et que ce n’était pas étonnant que je sois célibataire en étant végétarienne et féministe.

Autant dire que nous ne repartirons plus jamais en voyage ensemble.

Concernant Miguel, et contrairement à mes craintes, mon retour à la « vraie vie » n’a pas marqué la fin de notre correspondance.
Si ses vacances ont été plus longues que les miennes, son retour à sa vraie vie au Brésil n’a pas non plus marqué la fin de notre correspondance.
Bref, c’est une histoire belle et folle. Belle comme une nuit magique à NOLA, et folle comme mon cœur qui accélère lorsque j’y repense.

Une histoire à suivre.

lundi 11 juin 2018

Voyage à La Nouvelle Orléans (7/8) : jeudi et vendredi



Jeudi, au lendemain de mon incroyable nuit avec Miguel, je déprimai sincèrement.  
Mon binôme s’était levé de mauvaise humeur, prenant ses affaires et quittant la chambre sans un mot. 
J'ai supposé qu'il n'avait pas apprécié que je rentre tard.
Ou alors c'était parce que je n'avais pas mis le réveil - oui, il n'avait pas de réveil non plus, et comptait sur moi pour ça.
Moi j'avais besoin de raconter mon histoire, mon mélange de joie et de détresse, et je me suis retrouvée seule. 
Cela dit, avec le recul, il valait mieux que je n'en parle pas avec lui (qui pense qu'une femme qui a une sexualité est la dernière des salope).

Je suis sortie prendre mon petit déjeuner dans la cour de l'auberge, en me sentant franchement comme une merde, avec la folle envie de repartir, de rentrer chez moi, de me coucher dans mon lit avec mon chat et mes états d'âme - et là, les vieux démons remontent : Personne ne me parle, je n'arrive a rien, je ne suis qu'une petite fille effrayée. 
Personne ? 
Absolument pas : Glenn est arrivé sur ces entrefaites, m'a fait un hug, et a discuté avec moi. Et dans la foulée, aussi facilement que ça peut l'être aux usa - ou peut être dans les auberges de jeunesse, ou peut être juste quand on arrête de se poser des questions - j'ai rencontré de nouvelles personnes, et je les ai suivi pour un petit tour touristique. 
Il y avait Stuart, un artiste anglais, Glenn, une indienne, et une Ukrainienne.  
La journée était affreusement chaude. Le soleil nous tapait dessus, et je sentais ma peau chauffer. Stuart, qui était aussi blanc que moi, m'a filé un peu de son écran total. Et il a préféré rentrer, pendant que nous repartions vers le centre. 
L'une des pires idées de mon séjour : J'étais déjà moyennement dans mon assiette, et la chaleur m'écrasait. Mais surtout, je n'avais pas encore réalisé que j'étais avec une accro compulsive du selfie. 
Arrivés au centre-ville, j'ai voulu les emmener boire un verre - déjà parce que je crevais de soif. 
On a mis 1h30 pour faire 400 mètres. 
UNE PUTAIN D'HEURE ET DEMIE. 
Tous les deux pas, l'indienne (dont je serais incapable de retranscrire le nom, malheureusement) faisait un selfie. Mais pas elle toute seule hein : non, avec nous quatre à chaque fois. A CHAQUE FOIS.  Et pendant cette heure et demi, on grillait en plein soleil, et je commençais à me sentir de plus en plus mal. 
Sans compter mon envie de la tuer lorsqu'elle a dit « Oh, oui, c'est plus fort que moi, je fais des milliers de photos, tout le temps. Et en fait, je ne les regarde jamais après ! Ahahahah ! » 
J'ai fini par aller m'asseoir à l'ombre, parce que je ne tenais quasi plus debout. Je me sentais vraiment très mal – et j'avais tellement soif, bordel ! Je voulais juste un jus de fruits, on était à côté du café, mais elle faisait encore des photos, sans rien regarder, et je me disais « on y arrivera jamais ». 
Glenn m'a regardé, il a eu l'air très très inquiet. Il a récupéré les deux filles, et a dit que je devais absolument m'asseoir au frais et boire et manger quelque chose.
Après cette pause (où l’indienne s’est littéralement recouvert le visage de sucre glace pour prendre un « selfie rigolo »), j'avais juste envie de rentrer.  
Evidemment, ça a repris 1h. 
Je n'en pouvais plus. 
Je suis partie poser mes affaires près de la piscine. 
J'ai vérifié mes messages – évidemmentMiguel n'avait pas écrit. Evidemment, c'était une histoire d'une nuit – qu'importe si celle-ci semblait être tellement plus. 
« Tu sais que ça ne peut pas être de l'amour, n'est ce pas ? », me rabroue avec bienveillance Copine#1 à qui j'écris en renfort. 
Et puis je me suis souvenue que l'écriture me faisait du bien – alors j'ai commencé à écrire.  
Le soir, j'ai réussi à renouer un semblant de dialogue avec mon binôme. Puis j'ai passé un peu de temps dehors, sur le perron de l'auberge. J'ai discuté avec Frank, Mitsy, Eric. J'ai rencontré un américain dont je n'ai pas réussi à saisir le nom – son accent était tellement fort que je l'ai cru anglais. Il m'a ri au nez : « I love money, sex and god. I'm a fucking american !! ». 
J'ai ensuite rencontré Bernardo, mexicain qui était là pour un congrès sur le climat.  
Bref, une petite soirée très sympathique... Mais où clairement, je sentais que j'avais de plus en plus de mal à comprendre – il était temps que j'aille dormir ! 
J'ai continué à écrire avant de me coucher. 

Le lendemain, ça allait un petit peu mieux avec mon binôme. On a convenu d'aller manger ensemble au Hard Rock Café, et qu'ensuite on irait vadrouiller chacun de son côté.  
Je me suis dit qu'on trouvait seulement maintenant notre façon de fonctionner. 
J'ai été faire "Magazine Street", réputée pour ses magasins, notamment ses friperies. Sauf qu'en réalité, cette fichue rue faisait 10 km. Avec des endroits pleins de boutiques, mais aussi de longs espaces pavillonnaires où il n'y avait rien à voir. Au bout de 6km, j'ai jeté l'éponge : j'étais crevée, le ciel devenait franchement grisonnant, et j'en avais marre. J'ai fait une pause d'une petite demi-heure dans un parc, et je suis rentrée. 




Bon, très honnêtement, je me suis un peu perdue, et je suis passée par des endroits totalement dévastée et vraiment flippant. J'ai traversé des zones carrément abandonnées. Je n'en menais pas large, j'avais le dos trempé de sueur froide, et je priais pour ne pas me faire agresser. 
Heureusement, j'ai retrouvé mon chemin, et il ne m'est rien arrivé. A part d'avoir eu une sacrée frousse. 

Je me suis posée à l'auberge, sur un siège dans le salon. Eric est passé me dire bonjour. J'ai continué de taper mon texte, terminant de raconter ma nuit.  

2h54 (heure française). 
C'est l'heure à laquelle je me suis envoyé ce texte par mail (parce que je n'avais pas encore compris comment fonctionnait One Note) 
C'est précisément à cette même heure que je recevais un mail me notifiant un message de Miguel.  

J'ai lu, et relu, re-relu son message.  
Il m'avait écrit ! 
Et toute ma tristesse de ces deux derniers jours s'est envolée.

Frank est venu me chercher « Hé, c'est Storytime ce soir ! Viens avec nous ! ».
  
Tout le monde était réuni dehors, et, chacun son tour, racontait une anecdote qu'il avait vécu.
Entre rires et larmes, nous sommes passés de l'histoire de Stuart, anglais, qui avait fait l'amour si longtemps et brutalement que son pénis avait viré au noir... Et que tout l’hôpital était venu voir ça et rire, pendant que lui se demandait s'il allait voir son pénis tomber, à un récit très poignant de Mitsy, nous racontant comment elle avait vécu les attentats de Manchester, finissant par nous lire un poème qu'elle avait alors écrit sous le coup de l'émotion, et qui nous a tous fait pleurer.
Il y a eu l’histoire d'Eric, qui s'est retrouvé coincée dans une coulée de boue pendant des heures et qui a cru mourir.
Ou celle de Pauline, qui, un jour de manifestation étudiante, est tombée, son tee-shirt s’arrachant au passage et la laissant nue et pantoise devant tous ses profs et chefs d’université – qui ont eu la délicatesse de ne pas rire.

Ensuite nous sommes tous sorti au centre-ville, et je me suis fait alpaguer par des geeks bossant chez Facebook ('scuse) qui, sous prétexte de vouloir pratiquer leur français, m'ont traînés dans des bars où je ne voulais pas aller, et m’ont entraînés loin du reste du groupe – alors que c'était avec eux que je voulais passer ma soirée. Ils étaient méprisants, imbu d’eux même, et j'étais extrêmement mal à l'aise.
Pire, j'ai reconnu des coins que j'avais visité avec Miguel - quelle horreur, de retrouver ces endroits magiques accompagnés de ces trois prétentieux !
J'ai réalisé beaucoup trop tard qu'ils étaient complètement défoncés ; je ne m’en suis aperçu que lorsque l'un deux a manqué tomber sous les roues d'une voiture. Ils ont décidé de prendre un taxi pour rentrer, et durant tout le trajet, la fille du groupe, assise à côté de moi, avait des hauts le cœur qu'elle ravalait lentement, pendant que je me disais « pourvu qu'elle ne me gerbe pas dessus ».

J’ai retrouvé l’auberge et mon lit avec soulagement - bien que très déçue de cette soirée désagréable.  

jeudi 7 juin 2018

Voyage à La Nouvelle Orléans (6/8) : Miguel


Oh, voici une sacrée histoire. "A big deal" comme les américains disent.
Mon cœur y est encore.
Pour rappel, j'avais rencontré Miguel la veille, en discutant avec Chris et Glenn. C'est le genre de mec incroyablement beau - et qui a un coté un peu choupi, maladroit. Tu te dis juste "il est vraiment craquant".
Brésilien, 28 ans, 1m80, la peau mate, les yeux verts et les cheveux noirs, musclé, des pectoraux parfaits, barbu, tatoué, piercé. Bref, le genre de mec qui me fait craquer a coup sur.
En plus il parlait avec un léger chochotement, un discret zezaiement que je trouvais absolument adorable.
Et direct je me suis dit "ok, celui ci, il est hors de portée. Il est au delà du soleil".
Mais ce n'était pas grave : Je passais de bonnes vacances, j'étais contente de pouvoir juste discuter avec lui, et honnêtement, je n'ai même pas songé a tenter ma chance ; il venait d'un autre monde.
Il disait des trucs choupi aussi.
Bref, je me disais "il est vraiment, vraiment, vraiment craquant". 
Mais grave au delà du soleil.

Et puis impro totale mercredi : Je croise Chris et Miguel en rentrant, ils me disent qu'il y a un concert en ville, et me proposent de venir.

Ok, dis-je malgré mes pieds en compote.

(J'avoue qu'à ce moment là, je me dis que je pourrais peut-être coucher une nouvelle fois avec Chris).

(ne me jugez pas : Ces foutus auberges de jeunesse sont juste des putains de clapiers où tout le monde fornique comme des petits lapins excités)

Chris nous donne des bières, qu'on sirote en route parce que c'est légal dans cet état.

Dans le tram, Miguel me tapote la tête et me dit "You sit here. Place for you". Très intimidé, je balbutie un petit "Oh, yeah, okay", et m’assoit docilement.



On arrive, deja un peu éméché. On fait une pause pipi (normal), et Miguel trouve des tickets par terre et nous offre une bière. L'ambiance est top, on retrouve d'autre personnes de l'auberge, la musique est cool, il y a un type qui peint en même temps sur scène.
Je discute avec Miguel, je prend un selfie juste pour garder une trace, je me dis "au moins j'aurais un souvenir de ce super beau gars".
Ouais, peté a la bière, je decide de prendre des photos de tout le monde - avec un succès très relatif. Heureusement, ma photo avec Miguel est superbe. Et dessus, mon visage et mon sourire hurle "Il est trop beauuuuu et je kiffe ma liiiiife !!!"
Là il me dit "On reprend de la bière ?".
Je dis ok.
Je me dis aussi que mes vacances sont quand même hyper économiques : Je me fais rincer chaque fois que je sors.
Bref, on retourne chercher de la bière, je tiens son teeshirt pour ne pas le perdre dans la foule, et du coup il me prend par la main. Il rit parce que mes mains sont gelés, et du coup il les garde dans les siennes.
C'est bon enfant. Je ris avec lui, je me sens bien. Il n'y a pas d'ambiguïté.
On se met a parler de plein de trucs différents, on compare nos cultures, on cherche comment on dit "orchidée" en anglais, parce qu'il ne le sait qu'en portugais (langue du brésil - je l'ignorais totalement), et que comme j'en ai une dans les cheveux, il se pose la question.
On papote, on est bien.
On se met à parler de chats, je suis debout sur le trottoir, il est debout dans le caniveau, on fait la même taille, je gazouille en anglais, lui racontant que mon chat a un caractère épouvantable mais que c'est pour ça que je l'aime..... Et soudain son visage est incroyablement proche. Juste comme ça : Je disais un truc, et là, son visage a quelques centimètres du mien, ses grands yeux verts qui me regardent. Il attend : Il a fait le premier pas, il attend de voir si je veux ou pas.


Dire que j'étais surprise, c'est un euphémisme.

En tout cas, à ce moment là a démarré l'une des plus belles nuits de ma vie.

Et, putain de bordel de merde, je pèse mes mots.


Évidemment, j'ai franchi les derniers centimètres, avec l'impression de vivre un truc qui ne devrait pas être possible.

Et là....

Oh my god.

C'était le baiser le plus doux et le plus sensuel de ma vie.

Ce grand gaillard barbu avait des lèvres ultra douces, sa barbe était impeccablement taillé et douce, il embrassait doucement. Sa langue caressait mes lèvres et il était attentif et... Doux. Tellement doux. Je fondais littéralement. Je ne sentais plus rien, plus rien n'existait a part sa bouche Et pendant que je ne pouvais pas m'empêcher de gémir sous ses lèvres, j'étais contente de savoir qu'il y avait de la musique pour couvrir ça. Parce que, bon sang, je ne pouvais pas m'en empêcher.

On s'est embrassé un temps infini. Ou pas ? En tout cas, ça ressemblait à l'éternité.

Il m'a regardé, il a souri, il a dit "I think you're very cute".

J'ai ouvert de grands yeux incrédules, et j'ai dit "And I think you are GORGEOUS !"
Et on a continué à s'embrasser en laissant le monde tourner sans nous.


A partir de là, on a complètement oublié les autres. On est parti ailleurs. Je ne sais même plus pourquoi. Je crois qu'il s'est mis en tête de m'emmener écouter du jazz. On a sillonné la Nouvelle Orleans, nous parlant en anglais - moi la française, lui le brésilien. Parfois nous ne nous comprenions pas - seul l'anglais nous permettait de communiquer : Il ne parlait pas français, je ne parle pas portugais. Mais ce n'était pas grave. On s'est retrouvé dans un marché d'artisans, c'était génial - bien que nous étions complètement torchés. Il continuait de me tenir par la main, et maintenant il entrecroisait nos doigts - et ça semblait le rendre particulièrement heureux.

Moi en tout cas, je l'étais.

Il voulait m'acheter quelque chose, je sentais bien. Mais tout était vraiment cher.

Alors il s'est mis en tête de trouver du vin - parce qu'il avait retenu que j'aimais ça. Contre toute attente, et malgré la gageure que ça représente de trouver du vin au USA, il nous a trouvé un grand supermarché. Et du Bordeaux.

Régulièrement, il me disait "You're cute" et " I really like you", d'un air timide.

Et je fondais a chaque fois.

Soit il me tenait par la main, soit par les épaules. Nous étions l'un contre l'autre, tout le temps. On a sillonné toute la ville. Les gens étaient fous de nous - c'était absolument ahurissant : J'avais l'impression qu'on était les Brangelina, ou quelque chose comme ça. Dans une rue, on nous a offert des colliers de perles. Devant le supermarché, une femme nous a dit " You two are beautiful, it's amazing!". Dans un bar, c'est une autre femme qui m'a dit un truc similaire, parce Miguel et moi dansions. Personne ne dansait, mais nous étions heureux, jeune, plein d'énergie (et bourrés, certes), et on s'en foutait de ce que les gens pensaient, du moment qu'on était ensemble. Et je crois que c'est ce qui saisissait les américains, soucieux de leur image : Nous vivions, à 300%, tout simplement.

Lui, il attirait les regards parce qu'il était parfait. Et moi, je rayonnais comme un soleil à coté. Nous étions des putains de Dieux.
Oui, ok, j'avais beaucoup bu, gnagnagna.
Mais sérieux : Personne n'imagine à quel point les américains nous ont kiffés.

Nous avons dansé longtemps, dans 2 bars différents. 
Et on agissait comme un couple. On se tenait par la main, on s'embrassait, il m'appelait "baby", il faisait tout pour moi, et moi j'aurais décroché la lune pour lui. Je le regardais et mon coeur s'emballait, et mon souffle me manquait. Je regardais ses mains, que je trouvais parfaite et que j'aurais voulu prendre en photo. Je crois que tout ceux qui nous ont croisés se disaient que nous étions fou amoureux.
Peut-être l'étions-nous ?
Il me disait de plus en plus souvent "I really like you, you know ?", avec ce leger zezaiement, et son air timide, comme si tout ça le dépassait.
Cela dit, ça me dépassait moi aussi.
Et je me disais "And for me, at this exact moment, I think I love you"
Évidemment, je tombais amoureuse.
Une partie de moi se disait que je vivais une nuit parfaite, et que cette nuit, juste cette nuit, j'avais un mec, que je pouvais agir comme si je vivais une parfaite histoire d'amour. Juste pendant une nuit. Et que je devais en profiter sans penser a demain.
Et je le faisais.
Il enfouissait son nez dans mes cheveux en me disant "You smell good. I like how your smell", avec son accent brésilien qui marquait les intonations.
Il s'est ému de la finesse de la peau de mon bras, juste sous l'aisselle "never tatoo this part. It's wonderful". Et il a noté que nous avions le même grain de beauté, au même endroit.
C'était tellement adorable.

Il a ensuite proposé qu'on rentre.
Nous avons dû retrouver notre chemin ; on était loin de tout, on avait fait des kilomètres à pieds et on était à 4 ou 5 km des stations de tram. Mais on s'en foutait, on parlait, tous les deux avec notre accent respectif, on discutait de pleins de choses, on était l'un contre l'autre, on avait le monde dans nos mains. Étrangement, nous avons parlé de choses hyper générales, plus que de nos "vraies vies". Même si je sais quel job il fait, où il a été, et aussi s'il croit en Dieu (si un jour on m'avait dit que je demanderai à un Dieu s'il croit au Christ...) D'ailleurs j'ignorais totalement où nous étions, et j'étais persuadée que je ne pourrais jamais retrouver ces endroits : Les rues, le marché des artisans,... Ces endroits que j'aurais pu avoir envie d'arpenter a nouveau, comme un pèlerinage.
Mais peut être que c'est mieux comme ça : Que ces lieux où j'ai vécu un moment magique restent mystérieux, qu'ils restent dans ce monde fantastique dans lequel j'ai mis les pieds sans même savoir comment.

On est rentré à l'auberge en tramway (lorsqu'on a enfin pu retrouver la rue principale). Ça a pris une quinzaine de minute, pendant lesquelles nous étions blottis l'un contre l'autre. Là encore, le temps a pris une autre forme, et tout le reste n'existait plus. Il murmurait des "okay baby", et je n'avais pas encore réalisé que notre temps était compté.

On s'est assis dans la cuisine. On s'est remis a s'embrasser. Sa main s'est aventuré sous ma robe, et là plus rien ne pouvait couvrir mes gémissements. Évidemment, comme pour tout le reste, il était doux, et attentif.
Et, bordel, ce mec avait tout compris sur le clitoris.
Des gens sont passés, il a sagement reposé sa main sur ma jambe. Et il m'a murmuré, suppliant, de le rejoindre.

Évidemment, et malheureusement, il n'avait pas de chambre et dormait en dortoir. On a choisi d'aller dans une sorte de  salle de bain, étonnamment moins glauque que ce que je pensais.
On s'est embrassé, fiévreusement. 
On a enlevé nos vêtements.
Il m'a embrassé, m'a caressé, m'a léché un peu (wow. Juste "wow" putain). Puis il m'a pénétré.
Aucun de nous ne s'est soucié de mettre une capote. 
Ok, j'ai merdé.
Et j'espère de tout coeur que ça n'aura pas de conséquences. Parce que le sexe avec lui était tout aussi trippant que le reste. Et, my gosh, j'aurais tellement voulu l'avoir dans un lit. 
Ça a duré un moment, jusqu'à ce qu'il murmure qu'il devait jouir. Et il m'a demandé s'il pouvait.
Et là, grosse prise de conscience : Merde, putain, non. Non, tu ne peux pas ! Parce que je ne pourrais pas avoir le courage d'avorter d'un bébé Miguel !
Il s'est retiré (un peu trop tard...), et comme je ne voulais pas le laisser comme ça - et aussi parce que je voulais lui montrer et lui donner tout l'amour que je pouvais - je l'ai sucé longtemps, longtemps, avec toute la douceur dont j'étais capable. Et je caressais ses jambes musclés, ses fesses fermes, son torse, et je le goûtais, et je le dégustais. 
J'ai tout donné.
Et il m'a dit "Can I please lick you just for a moment ?"
Et ce type, ce grand gaillard, s'est mis a genoux entre mes jambes, et il m'a léché passionnément. Ça a duré un temps infini ; peut-être 1h, je ne sais pas. Il voulait clairement que je jouisse. Et il était là, absolument infatigable, a genoux sur le carrelage, et sa peau était brûlante, j'avais l'impression d'avoir un volcan entre les jambes. Et moi je gémissais, et je mordais ma main pour ne pas crier. J'ai fini en tremblant si fort qu'il a dû me tenir contre lui. Si j'ai eu un orgasme ? C'était au delà de ça. J'étais juste infiniment bien, j'étais juste... Partie. Et j'ai rêvé, comme parfois ça m'arrive  lorsque je couche avec quelqu'un et que des images s'imposent à moi : Je crois que j'ai vu le Brésil - du moins tel que je l'imagine, avec ses rues, ses odeurs, et l'animation qu'il peut y avoir.

Tout le reste de la nuit, j'ai eu l'impression que la langue de Miguel était toujours là, tellement mon clitoris pulsait. C'est comme si mon orgasme avait duré toute la nuit.
Il murmurait "That's was crazy. That's was so crazy"
Et moi je n'avais pas les mots pour lui dire ce que je ressentais. Alors je souriais, et je le regardais, et je souriais encore.
Là il me dit, "I need to pee", et tranquillou, il se met aux toilettes et pisse devant moi. J'ai trouvé ça incroyablement décomplexé et cool. Et de toute façon, même debout en train de pisser, c'était le plus bel homme du monde.

On s'est rhabillé, on a continué à s'embrasser, on a libéré la salle de bain et on est retourné s'asseoir. On s'est embrassé encore.
Et là il me dit "oh baby, I need to go to the airport. My fly is at 6". 
Il était 3h du matin, et il fallait qu'il parte immédiatement.

Mon monde s'écroulait.

On s'est échangé nos Facebook, en se promettant de rester en contact. Il m'a murmuré "you should come in brasil", et j'ai répondu "yes. And you should come in France !". Et je lui ai dit "You write the first message" - parce qu'une partie de moi n'est plus si naïve que ça.
Il m'a dit qu'il le ferait.
On est reparti chacun dans sa chambre, sans se quitter du regard. Et, mon dieu, je me sentais déchirée.


Évidemment, la vraie vie est revenue avec la lumière du jour le jeudi matin : Miguel était partie, et je n'avais reçu aucun message.

Je devais me rendre à l'évidence : On s’était tout donné pendant une nuit, et maintenant c’était terminé. Retour à la vraie vie.

La journée suivante a été dur : Mon binôme s'est levé en faisant la tronche, et il s'est barré seul pour la journée.

Pendant que moi je me disais, sidérée : "merde, je crois que Miguel est parti avec un bout de mon cœur, cette fameuse chose que je pensais pourtant ne plus avoir. Comment je fais, maintenant ?!"

J'ai eu envie de pleurer toute la journée.

Et la journée suivante.

Et je me disais que j'avais besoin de temps pour réussir à ne voir que le positif et la beauté du moment. 
Et, My Gosh, le retour à la vraie vie me foutait une trouille du tonnerre.

Mais je n'ai pas dit que cette histoire finissait ici...