jeudi 3 septembre 2020

Premier rencard : Gérard-Nicolas

Un peu avant le déconfinement, je me suis (ré)inscrite sur Adopte un mec. 
C'était, au départ, un moyen comme un autre de ne pas trop m'investir dans ma relation avec Isaac, et de regarder un peu ailleurs, car son importance dans ma vie était bien trop dangereuse, vu les circonstances.  

Je reste très échaudée par mes précédentes expériences, et je garde une véritable anxiété face au temps que l'on passe à tenter de nouer des contacts, pour que finalement, soit la conversation s'arrête brutalement et sans raisons, soit que la première rencontre tourne au désastre. 
J'ai vraiment un très puissant sentiment de vacuité face aux sites de rencontres (au moins Wyylde, c'est que du cul, et c'est ultra easy pour une nana - beaucoup moins pour un mec, comme en témoigne Tabi)

J'ai peiné à écrire un profil pendant deux grosses semaines, puis je n'ai pas réussi à trouver l'énergie nécessaire à me relancer là dedans, et j'ai déserté le lieu pendant deux mois. Avant d'y retourner pour supprimer mon compte. 

C'est là où j'ai trouvé un charme envoyé par Gérard-Nicolas.

Je ne sais pas trop ce qui m'a poussé à regarder son profil - une sorte d'intuition, je crois.
Le profil était bien rédigé, et surtout, le type mettait en avant son film préféré : le Rocky Horror Picture Show, et sa série préférée : Buffy contre les vampires. 
Le type, hétéro lambda (enfin, apparemment ?), était fan de Buffy et de Frank'n Further ! Je nPOUVAIS PAS supprimer mon compte sans lui parler.

La discussion est rapidement devenue foisonnante - et pourtant, je me disais : « Quoiqu'il arrive, je ne suis absolument pas prête à rencontrer qui que ce soit, ni à mettre mon énergie dans l'espoir d'une nouvelle relation ». 
J'ai lancé d'autres discussions en parallèle, tout en me disant que je souhaitais en finir.

C'est ainsi que j'ai proposé à Gérard-Nicolas de nous rencontrer au bout de deux semaines.
Je me disais « Allez, rencontrons nous, allons au bout des choses, et finissons-en. Cette histoire de site de rencontres est stupide ». 
Comme nous aimons tous les deux la marche, nous nous sommes retrouvés pour une petite rando de 7 km.

Je suis allé au point de rendez-vous en vélo, après une journée (précédée de plein d'autres journées) à me dire que je n'avais pas envie d'y aller.
Que je n'étais pas prête.
Que j'avais trop de choses à régler avant de voir quelqu'un à nouveau.
Tout en me disant que ça ne m'engageait à rien.
Que le garçon aimait tout de même Buffy et le Rocky Horror Picture Show (en étant hétéro)
Et que la question n'est jamais de savoir si on est prêt, mais si l'autre nous donne envie de l'être.
Mais dans l'ensemble, je n'avais surtout pas envie d'être dans la situation.

J'y suis néanmoins allé.

J'ai retrouvé Gérard-Nicolas, j'étais un peu en retard, il m'a dit que ce n'était pas grave. Je me suis présentée, il a aussi dit son nom et... je n'ai pas compris. 
J'ai cru comprendre que c'était un nom composé. Mais je n'ai pas osé le faire répéter.
Et quelques minutes plus tard, je me maudissais de ne pas avoir demandé : situation merdique typique où tu peux passer des semaines à ne pas savoir comment l'autre s'appelle, et plus tu attends pour demander, et plus tu as l'air con.
J'ai juste dit "Allez, on marche ?!". Et j'ai marché comme d'habitude (donc : vite, comme ma psy pourrait en témoigner).
J'étais vraiment en mode "Finissons-en".

Mais Gérard-Nicolas s'est avéré un homme très intéressant. Contemplatif. Cultivé. Issu d'une fac de philo, et un peu touche-à-tout. On a parlé d'énormément de choses. Du rapport entre les gens. Des relations humaines (qui sont pour lui, comme pour moi, un grand mystère). On s'est découvert beaucoup de points communs. Il médite depuis des années, et suit un enseignement bouddhiste. Il connait mon prof de méditation. Il suit une formation d'herboriste par correspondance - on a longuement parlé plantes et leurs vertus. On se pose un peu les mêmes questions sur le monde.

Au milieu de la balade, on a trouvé un portefeuille sur le chemin. Garni de billets, rempli de papiers d'identités étrangers. J'ai proposé qu'on aille tenter de demander au camping, quelques dizaines de mètres plus haut, si ça ne pourrait pas être une voyageuse. Gérard-Nicolas était moyennement convaincue - moi ça me paraissait être la solution la plus plausible. 
Effectivement, arrivé au camping, la responsable nous dit qu'elle voit de qui il pourrait s'agir, et nous envoie toquer à un camping car « et puis faites-vous payer un coup, c'est la moindre des choses ! » 
Mais personne ne répond. 
On demande aux gens que l'on croise (surtout qu'un portable est posé devant le camion, tranquille) si les personnes sont dans le coin. Personne ne les a vu. La responsable nous dit qu'ils sont peut être à la douche 
- « Oui mais bon, on ne va pas non plus aller les chercher sous la douche ! »
- « Ah bon ?! Bah, pourquoi ? »
Cette histoire commence franchement à me gonfler.
- « Allez, on vous laisse les papiers, et puis vous les leur rendrez ! »
- « Mais tout de même, laissez moi prendre vos coordonnées, qu'ils puissent vous remercier ! »
On refuse poliment. 
Et, enfin, on repart.
Gérard-Nicolas est super impressionné : « Tu as eu du flair ! »
Bah, une carte d'identité étrangère, perdue à 200 mètres d'un camping, c'est pas du flair, c'est de la déduction !

On continue notre tour. Il me dit qu'il est surpris de la profondeur de mes réflexions, et du recul que j'ai sur les choses. On s'arrête pour profiter d'un panorama, en parlant de notre relation à la méditation et au bouddhisme, et la façon dont il me regarde me met mal à l'aise. Je me dis intérieurement « Non, ne fait pas ça, ne me regarde pas comme ça, ne tombe pas amoureux de moi ». Son regard a changé, et je le vois très bien. Je nous fait redémarrer. 
On va plus loin s'installer sur un rocher, et continuons à discuter. Je passe un très bon moment, au demeurant. Gérard-Nicolas et moi nous ressemblons beaucoup. Mais assez pour me faire craquer pour lui ? Je ne suis pas certaine. Sur le papier, oui, assurément. Et pourtant, est-ce que je ressens la possibilité de la flamme ? Pas sûre.
Pire, je réalise soudain qu'il possède le même rire que Charles-Henri. C'est dur.

Nous repartons plus tard, après qu'on ai partagé des rations de randonnée et une savoureuse tisane qu'il a fait lui même. Il a vraiment de quoi m'intéresser.
Toutefois, il me raconte aussi que toute sa vie, il a souhaité être libre. A 42 ans, il ne s'est investi dans rien ; il est locataire, il a souvent changé de boulot, n'a pas noué de relations. Il envisage de quitter la ville, il a demandé sa mutation. Il dit qu'aujourd'hui, il fait le point et souhaite se poser, acheter un bien, avoir des choses à lui. Que, peut-être, il entame une nouvelle phase. 
Tous mes signaux d'alarmes se mettent à clignoter. Peut être à tort; j'entends "mec pas fiable", "flippé de l'engagement", "pas intéressé par du long terme", "épicurien", "mec qui peut disparaitre du jour au lendemain".
Surtout que le gars, qui souhaite donc "se poser" dans cette "nouvelle phase qu'il traverse"... Commence donc par vouloir changer de job et quitter la ville. (On n'a pas la même définition de "se poser")

Autre détail qui me fait flipper : le gars, à partir de quelques indices (le temps que je mets à aller bosser en vélo) parvient à déterminer dans quelle rue j'habite. 
Après l'histoire Julien, ce genre de détail m'épouvante.

Mais je passe toutefois un très bon moment. Gérard-Nicolas est une personne agréable, et franchement un chouette type. Il est très tranquille et très humble, c'est assez reposant. J'ai l'impression d'être une pile électrique à côté de lui.

Lorsque nous avons fait le tour (au final, nous avons fait un détour par un étang, et avons dû sans doute marché une dizaine de kilomètres), nous observons les derniers rayons du soleil qui teintent les eaux du lac d'une belle lumière orange. 
Quant à moi, je me transforme soudain en Cendrillon : je n'ai pas de lumières sur mon vélo, et il me faut rentrer avant le coucher du soleil ! 
(Oui, c'était prémédité)

Gérard-Nicolas me demande très poliment si je souhaite qu'on se revoit. Je lui propose de se refaire une marche à l'occasion. Sa compagnie est agréable, et je ne parviens pas à me faire une idée sur lui. Le revoir ne me déplairait pas. 
Une partie de moi se dit tout de même que c'est risquer d'envoyer un message qu'il pourrait mal interpréter. Que peut-être, je me complique la vie en faisant cela. 

A mon retour, j'avais un petit message adorable, me remerciant pour la balade, l'enquête, et la discussion.
Et, Dieu merci, il signait de son vrai nom.
Qui est pour le moins... unique. C'est un prénom composé de deux prénoms que personne n'irait utiliser en prénom composé. C'est très étrange.

Les jours suivants, je me dis que je n'ai pas envie de m'engager là dedans. De prendre le risque qu'il attende quelque chose de moi. Pas envie de me compliquer la vie. Je pense clairement tout le temps à Isaac, je suis dans cette insupportable situation d'attente, à attendre la réponse définitive d'Isaac, et je n'ai pas de place pour autre chose. 
Je décide de ne pas donner suite à Gérard-Nicolas.

Et puis une semaine plus tard, en allant méditer en pleine nature, l'une de mes copines du groupe de méditation de dire : « J'espère que ça ne vous dérange pas, j'ai invité un garçon, que je connais d'une semaine de retraite dans un centre de méditation ! »
Je commence à me sentir mal.
« Un garçon adorable, très gentil, très discret ! »
Je sens venir le truc.
« Ca ne vous dérange pas ? Il s'appelle Gérard-Nicolas ! »
Sourire crispé.
Pourquoi ce genre de truc m'arrive tout le temps ?!

4 commentaires:

  1. Gérard Nicolas se fait baptiser plusieurs fois autrement ;) Et c'est marrant, mon fiston nomme ses poissons de noms composés improbables, style 'jean-kevin' ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oups ! J'ai changé d'avis en cours de route, et je n'ai pas été assez attentive à la relecture ! Merci pour l'oeil de lynx ! ;)
      Ah oui ? Ton fils a quel âge ?
      Dans l'absolu je trouve ça très rigolo les noms composés improbables (d'ailleurs j'en utilise souvent ici pour anonymiser avec humour ceux dont je parle), et j'approuve pour des poissons, par contre pour une vraie personne, je trouve ça un peu cruel pour l'enfant (et l'adulte en devenir) ! Cela dit, c'est sûr qu'il n'y a pas d'homonymes... Et surement peu ou pas de personne avec le(s) même(s) prénom(s) !

      Supprimer
  2. 12 ans et pas mal d'imagination ;)
    En effet, un prénom c'est pour la vie et certains parents font des choix... discutables!
    Je te souhaite beaucoup de courage, avec cette histoire d'escalier. Je crois que tu vas y arriver :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est jeune ! Et c'est bien, l'imagination, il faut qu'il la garde et l'entretienne !
      Je crois que tu as raison :)

      Supprimer